J'ai pu constater en 2008 que la dyspraxie, connue depuis 15 ans au Etats Unis ou au Canada, était encore quasi inconnue en France. Les deux
seuls livres en Français que j'ai pu trouver sur la question (et que je recommande à tous ceux qui sont concernés), datent de Mars et Avril 2007, et même les professionnels ne savent
souvent rien à ce sujet.
Je n'ai pas la prétention d'être une spécialiste en la matière, et les quelques commentaires que j'ai noté ici ont pour simple but de contribuer à mieux faire connaître ce trouble. Mes sources
sont d'une part de mon expérience personnelle, d'autre part une conférence que j'ai suivie (par hasard) sur ce sujet, et enfin les deux livres que je cite en bas de page.
Je ne parle ici que de la dyspraxie visuo-spatiale, qui en est la forme la plus fréquente, mais il en existe plusieurs.
La dyspraxie (qui n'a rien à voir avec la dyslexie), est un trouble du " comment faire " : l'enfant a du mal à exécuter concrètement ce qu'il se représente mentalement. C'est un trouble présent
dès la naissance, qui semble dû dans la moitié des cas à une mauvaise oxygénation du cerveau dans les premières heures de la vie ; dans l'autre moitié des cas, il n'y a pas d'explication
pour le moment. Au niveau clinique, on observe :
- des troubles de la motricité fine, avec notamment de grosses difficultés d'écriture. Le geste d'écrire ne devient pas naturel, même au bout de cinq ans
de pratique, l'enfant doit " y penser " pour pouvoir écrire, lentement et mal, parfois même de façon illisible. L'orthographe est le plus souvent très mauvaise, l'écriture absorbant toute
l'énergie de l'enfant, et le fait d'avoir à combiner deux éléments (penser à écrire et penser à l'orthographe) lui étant très difficile. Le fait d'avoir à disposer des lettres sur une feuille
pose un gros problème spatial, et la reproduction d'un motif assez simple (une pendule, par exemple) peut être très perturbée.
- tous les enfants (et tous les adultes) ont des jours " avec " et des jours " sans " ; mais dans le cas d'un dyspraxique, les écarts peuvent être considérables : à deux jours
d'intervalle, et pour deux contrôles quasi identiques, sur un sujet qu'il maîtrise, un enfant peut avoir 1,5/20 et 19,5/20 ! Les jours où, pour des raisons encore mal connues, il ne se sent
" pas en forme ", le dyspraxique n'est quasiment plus bon à rien : morose, le cerveau en compote, il semble avoir tout oublié et le moindre effort lui coûte considérablement ; par contre, les
jours de forme, il se sent bien et " boit l'obstacle " avec entrain, parvenant même à surmonter ses difficultés d'écriture !
- des difficultés à se tenir à une activité : même pour une activité de loisir, les changements d'humeur sont fréquents, et dès qu'il lui faut fournir un effort soutenu, l'enfant le trouve
insurmontable et s'en détourne.
- une organisation calamiteuse : une incapacité à ranger et à trier les objets ; si le tri concerne trop d'éléments (par exemple ranger une chambre en foutoir), le dyspraxique est tout de
suite noyé par la difficulté, et par son impossibilité à se représenter la tâche dans son ensemble, et à la planifier. Il a beaucoup de mal à assembler plusieurs données de
sources différentes, et à les synthétiser pour exécuter une tâche complexe ; le plus souvent, il n'arrive à considérer qu'un ou deux éléments à la fois, et se perd très vite quand il essaie de
les combiner ou d'en ajouter d'autres. Concrètement, quand il a trois choses à faire dans une journée, il en oublie quasiment toujours une, il oublie ses cahiers, ses devoirs, ses affaires,
l'heure, etc., même pour quelque chose qui lui plaît.
- une rigidité des globes occulaires et une difficulté à percevoir l'oblique.
- les troubles de la motricité peuvent s'étendre à la motricité générale, donnant des enfants " empotés ", mal à l'aise en sport et dans leur corps ; cela peut poser problème pour les gestes
de la vie quotidienne (comme s'habiller, faire ou défaire un bouton).
- l'enfant peut aussi avoir des difficultés dans ses relations sociales, surtout s'il est fréquemment raillé à l'école, ou, pire, chez lui. La difficulté peut exister au départ, mais elle
est toujours aggravée par les moqueries ou punitions, qui ne font que l'enfoncer en diminuant son estime de lui-même, alors qu'il a grand besoin de soutien.
- enfin, l'intelligence est normale, ce trouble ne l'affecte pas, même si les résultats scolaires sont mauvais.
Tous les dyspraxiques ne présentent pas l'ensemble de ces troubles, et on peut être dyspraxique à différents degrés, mais les difficultés graphiques et les résultats en dents de
scie sont constants, et c'est l'ensemble du tableau clinique qui peut permettre de poser le diagnostic. Aux Etats Unis, la proportion de dyspraxiques dans la population générale est évaluée
à 6%.
Au niveau du traitement, il n'y a pas (pour le moment) de solution ou de médicament miracle : le traitement consiste à rééduquer patiemment chacun des troubles : graphothérapie ou psychomotricité
pour l'écriture, orthoptie pour les troubles des globes occulaires, orthophonie pour les problèmes d'orthographe ou de syntaxe, ergothérapie et pratique régulière d'un sport adapté pour les
difficultés motrices, groupes de parole ou thérapie familiale pour les difficultés sociales. Pour les difficultés des rangement et de planification, une bonne compréhension et une aide
constante de la famille sont indispendables : d'une part pour ne pas tomber dans des réactions de colère ou de haine vis à vis de l'enfant, qui sont très injustes car il ne fait pas exprès
de poser tous ces problèmes, et d'autre part pour lui apporter un soutien efficace. Par exemple pour ranger sa chambre, il est indispensable de le faire avec lui, en le faisant participer, et en
lui montrant (souvent) comment faire un bon tri. De même, la quasi totalité des enseignants ignorant tout de la dyspraxie, il est indispensable d'aller les voir en début d'année pour leur
expliquer le topo, sous peine de les voir rapidement stigmatiser l'enfant comme " paresseux ", ou " qui se fiche d'eux ", les variations continuelles de ses résultats scolaires étant souvent très
mal perçues.
Enfin, le simple fait que leur trouble soit reconnu, et accepté, constitue un grand soulagement pour les dyspraxiques ; lorsque je suis rentrée de la conférence où j'en avais entendu parler pour
la première fois, mon fils était ravi de savoir enfin ce qu'il avait, et que ce n'était pas de sa faute s'il réussissait moins bien à l'école que ses frère et soeur.
Pour terminer, voici les titres des deux livres sur ce sujet, ainsi que les coordonnées du groupement des graphothérapeutes, qui pourra le cas échéant vous donner les coordonnées de la
graphothérapeute la plus proche de chez vous, cette rubrique n'existant pas pour le moment dans les pages jaunes.
- La dyspraxie : Une approche clinique et pratique par Evelyne Pannetier.
- Mon cerveau ne m'écoute pas : Comprendre et aider l'enfant dyspraxique par Sylvie Breton et France Léger.
- Groupement Des Graphothérapeutes Rééducateurs De L'écriture : 83 rue Michel Ange, 75016 PARIS - tél. 01.40.71.00.66.